Les tabous selon les sociétés

Publié le 17 Mars 2009

 

 

" 71 % des Français trouveraient choquant de se voir proposer d'aller dans un club échangiste par des amis. ".

 

Certaines pratiques sexuelles comme la fellation, le cunnilingus ou la sodomie sont assez peu répandues dans les couples. L'homosexualité et la bisexualité continuent de choquer. La vision de corps nus ou l'exposition de sa propre nudité est gênante pour de nombreuses personnes. Près de la moitié des Français seraient frappés d'entendre leur partenaire leur susurrer des mots crûs durant leurs ébats amoureux. Si tout le monde en Occident s'accorde pour dire que la sexualité est saine et légitime dès lors qu'elle est pratiquée entre deux individus consentants (dans un certain cadre !), il n'empêche que plus de 50 % des pères de famille ne parlent toujours pas de sexualité à leurs enfants. La sexualité tout court reste encore un sujet interdit, abordé de façon détournée, par le biais de blagues graveleuses ou de sous-entendus.

 

L'écho que ces interdits produisent en chaque individu est variable et les tabous sont des barrières franchissables. Certains les respectent à la lettre, d'autres n'ont de cesse de les dépasser. Il n'y a pas de règle tant qu'on respecte les limites et les blocages de son partenaire. D'autant que la transgression est un facteur de jouissance incomparable pour ceux qui s'y livrent régulièrement.

 

Au XVlle siècle, la simple vue d'une cheville était d'un érotisme torride, alors que les belles mettaient volontiers des décolletés qui montraient leurs seins jusqu'au sternum !

 

L'homosexualité a été soumise aux mêmes variations : interdite et punie dans les pays occidentaux au XIXe siècle, elle était parfai­tement acceptée dans la Grèce et la Rome antique.

 

A Rome, la sodomie et la fellation  entre hommes et femmes et entre hommes n’avaient rien de répréhensibles si l’on était celui qui pénètre l’anus ou la bouche de la (ou du) partenaire.

 

Par ailleurs, la sodomie fut autrefois une méthode contraceptive courante c’est surtout pour cela que le coït anal fut condamné par la morale religieuse. Cette pratique reste très commune aujourd’hui dans les cultures traditionnelles afin de préserver de la virginité des jeunes filles et éviter des grossesses aux conséquences désastreuses.

 

D'où viennent donc ces multiples tabous entourant le corps et ses plaisirs ? Quelle est la part de l'héritage historique et des troubles individuels ? Et vous, quels sont vos tabous ?

 

Le mot tabou a été emprunté à la tradition polynésienne. Dans son sens premier, il exprime un interdit d'ordre sacré. Dans les sociétés traditionnelles; où la vie en société est régie par des principes religieux, les tabous servent à poser des limites au-delà desquelles les comportements humains mettraient en péril la vie du groupe. Leur caractère sacré génère une forte peur de la punition divine en cas de transgression.

 

L'acte sexuel n'a eu d'autre but que la procréation, et cela pendant des siècles. Exit la notion de plaisir. Un homme qui couchait avec sa femme, cela signifiait, au bout de neuf mois, une bouche de plus à nourrir. L'acte sexuel et le plaisir qui l'accompagne se sont connotés négativement. On a ainsi condamné la masturbation au même titre que l'homosexualité, les rapports bouche/sexe et la sodomie.

 

Ces pratiques sexuelles offraient et offrent, dans l'absolu, du plaisir pur, sans la responsabilité pesante d'un enfant à élever. Il y a eu d'une part la nécessité de la survie qui a imposé la procréation et la famille comme des piliers de la société et d'autre part l'influence des religions. Lorsqu'une prise de conscience de ces croyances et de la répression d'une dimension vitale chez l'humain a eu lieu (grâce à la révolution sexuelle des années 60/70), le plaisir a retrouvé sa juste place.

 

Cette évolution est pourtant encore trop récente pour avoir changé les choses en profondeur. Le poids de l'histoire, puis de l'éducation religieuse et familiale se ressent encore dans les inhibitions et les névroses de nos contemporains.

 

Jadis, un enfant ou un adulte qui se masturbait, c'était condamnable et pour le " prouver", on a inventé des conséquences graves pour celui qui s'y adonnait " Ça rend fou ! "" Ça rend sourd ! "" Ça rend stérile ! "" Ça rend malade ! " etc.

 

Aujourd'hui encore, des parents empêchent leurs enfants en bas âge de toucher leur sexe, même en privé. Il existe aussi un relent de culpabilité chez beaucoup d'adolescentes et d'adolescents qui s'y livrent dans l'intimité.

 

Est-ce que cela éveille un souvenir en vous ? Que penseraient maman et papa ? Ai-je le droit ? Est-ce bien ou mauvais ? Tous, nous nous sommes au moins posé la question, prouvant ainsi la trace d'une éducation judéo-chrétienne séculaire visant à nier la sexualité.

 

Mais refuser la nature n'a jamais servi qu'à exacerber le désir, faire pulluler les fantasmes et rendre difficile les rapports entre hommes et femmes, alors que la sexualité devrait être aussi naturelle que boire ou manger. Rejetez en bloc ces post-manipulations mentales et faites-vous plaisir comme et quand vous le souhaitez.

 

Ce que nous disent ces voix d'un autre âge, c'est que la seule façon normale de faire l'amour est celle qui correspond à procréer : que l'homme introduise son pénis dans le sexe d'une femme et qu'il jouisse en elle. C'est une évidence mais c'est ce qui a conditionné les goûts et dégoûts dans la sexualité. La norme dans la sexualité hétérosexuelle, c'est la pénétration vaginale.

 

Hors pénétration vaginale, point de salut.

 

Combien de femmes entre 40 et 60 ans acceptent de sucer leur mari ou leur partenaire et d'avaler son sperme ?

 

Combien d'hommes font jouir leur épouse en stimulant leur clitoris par la langue ? 30 % des Français trouvent cela choquant.

 

Alors que la quasi-totalité des hommes et des femmes fantasment sur ces pratiques, et adorent qu'on leur prodigue ces petites attentions, le plus grand nombre doit se contenter de leur évocation, n'osant même pas en exprimer le souhait auprès de leur partenaire. Et si vous vous décidiez enfin à rompre la loi du silence sexuel ? Et si vous tentiez d'en convaincre votre partenaire par une démonstration des plus suaves ?

 

L'anus est l'interdit par excellence. Bien qu'il soit une réelle zone de plaisir (c'est une muqueuse, comme la bouche), c'est aussi un lieu noir, obscur, écœurant en analogie aux fèces. La sodomie fait aussi partie de la sexualité homosexuelle. La pratiquer, c'est presque devenir soi-même homosexuel.

 

L'homosexualité, dans le meilleur des cas, on l'accepte pour les autres mais pas pour soi. Les couples hétérosexuels la pratiquent rarement. Dans certains pays musulmans où les rapports sexuels avant le mariage sont encore condamnés, de nombreux jeunes hommes sodomisent les jeunes filles pour ne pas provoquer de grossesse. Dans ce cas, c'est une pratique sexuelle de contrainte.

 

Près de 50 % des Français seraient frappés de se voir proposer ce genre de pratique. Combien ne la pratiquent pas ?

 

Le seul véritable tabou en matière de sexua­lité reste celui de l'inceste. Et encore n'est-­il pas tant un tabou sexuel qu'une règle qui protège l'espèce humaine contre les risques d'appauvrissement liés à la consanguinité. La sexualité n'est, ici, que l'éventuel vecteur du risque. Ce tabou réputé absolu et uni­versel, existe dans toutes les sociétés. Il est cependant soumis à des exceptions : les pharaons de l'Égypte se mariaient entre frè­res et sœurs pour donner naissance à des descendants de sang royal pur. C'est peut­ être ce qui les a perdus...

 

Il ne faut pas confondre les tabous sexuels avec les véritables agressions. Le viol, la pédophilie, l’inceste sont des crimes, punis comme tels par la loi. Les tabous sont des interdits d'un autre ordre. Ces gestes sexuels n'ont rien, en eux-mêmes, de répréhensible et ne constituent pas une atteinte violente à la dignité d'autrui. Toutefois, à une époque et dans une société données, ils sont frappés des raisons d'ordre moral ou religieux. C'est le cas de la sodomie, de l'échangisme ou de l'homosexualité.

 

Rédigé par philippe

Publié dans #Connaissances pour thérapeutes

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