«Les savants européens sont atteints d'une curieuse maladie qui fait que personne ne peut savoir mieux ou autrement qu'eux!»
Joseph de Maistre
A: LE PROSCRIT DE LA PSYCHANALYSE.
Wilhelm REICH naquit en 1897 en Galicie, alors rattachée à l' Empire Austro - hongrois, dans une famille paysanne
pauvre. Son père meurt en 1914 et sa famille se trouve totalement ruinée par la guerre. Le jeune Wilhelm va dés lors, connaître une jeunesse difficile et besogneuse. Autodidacte , il dévore tous
les livres qu'il peut se procurer. C'est avec une immense rage d'apprendre qu'il entreprend des études de médecine qui seront couronnées de succès. Il se passionne pour la biologie et la
sexologie et va pour l'occasion découvrir et s'intéresser à l'œuvre de Freud et de Jung.
Reich va rapidement se faire
connaître par ses contributions notamment grâce à son texte: «LE CONFLIT DE LA LIBIDO ET DU DELIRE CHEZ PEER GYNT». Il est apprécié dans le milieu
médical et psychanalytique, et il est admis dès 1920 dans la Société Psychanalytique de Vienne où Freud le considère tout de suite comme un homme de
valeur.
En 1922, il est promu Premier
Assistant au dispensaire de psychanalyse de Vienne.
En 1923, Reich crée un séminaire
de technique psychanalytique qu'il conduira jusqu' en 1930.
En 1924, les premières
dissensions se font jour avec Freud et les analystes de son entourage (Théodore Reik, Otto Rank ) et iront sans cesse croissante. Reich, fort de son intérêt pour la biologie et la sexologie,
affirme l'importance du corps dans la fonction sexuelle, là où Freud analyse seulement les forces psychiques. Le jeune psychanalyste présente au Congrès de Salzbourg, une communication sur
«la puissance orgastique».
Initialement, Freud est plutôt
favorable aux apports de Reich mais la situation va se délabrer quand celui - ci va considérer que l’étiologie des névroses se trouve dans les conditions de vie misérables de la classe ouvrière
et la répression de la sexualité au service du maintien de l'oppression du peuple. Reich se rend compte que personne, dans les milieux psychanalytique ne montre le moindre intérêt en ce qui
concerne le pourquoi et le rôle naturel de l'orgasme. Ses premières communications sur le sujet ne rencontre qu'«un silence polaire».
L'hostilité des milieux
psychanalytiques va aller sans cesse croissante tandis que Freud devient de plus en plus méprisant. Contrairement à l'idée admise par les psychanalystes orthodoxes, Reich affirme qu'une sexualité
génitale, heureuse et satisfaisante est un contre - poison à l'instinct de mort et se trouve, de facto, incompatible avec le caractère névrotique.
Toujours avide de savoir, il lit
les ouvrages des grands penseurs socialistes et marxistes et va s'engager, lors de nombreuses conférences, plus avant dans le politique et ses liens avec la pathologie mentale. Il s'intéresse
aussi à l'ethnologie et à la sociologie et les nombreux travaux qu 'il effectue dans ces deux domaines transparaîtrons dans toute son oeuvre.
En 1927, il est témoin d’une
effusion de sang lors de la répression d'une grève à Schattendorf, qui le révolte. Wilhelm Reich s'inscrit alors au Parti Socialiste, dans la mouvance communiste, et il fait paraître, la même
année, l'un de ses livres les plus retentissant:«LA FONCTION DE L'ORGASME» dont Freud dira, avec un souverain mépris, lorsque Reich lui présentera
le manuscrit: « Si gros que ça!».
En effet W. Reich nommé par
Freud, directeur de l'Institut de Psychanalyse de Vienne, s'est vite aperçu que l'analyse se heurtait à une véritable impasse, celle de la globalité du caractère du sujet. Le DIRE, par la parole
et le symbole, comme on le pratique dans la psychanalyse ou d'autres thérapies intellectuelles, n'est pas tout le signifié de l'être individuel. Il manquait tous les autres modes d'expression de
l'organisme vivant / le corps, les émotions, les comportements sociaux, les mouvements de l'énergie, souvent inconscient et involontaires, qui font le langage de la vie d'une personne et sa façon
d'être au monde avec son caractère.
Pour répondre à cette question
vitale, Reich a crée une nouvelle méthodologie qu'il a d'abord appelé Analyse Caractérielle lorsqu'il était toujours membre actif de la Société Internationale de Psychanalyse, puis Végétothérapie
caractéro - Analytique lorsqu'il a voulu insister d'une part sur l'importance capitale des perturbations du système Neurovégétatif dans l'établissement des névroses et des psychoses, et d'autre
part, sur la nécessité de retrouver une circulation valable de cette énergie végétative et donc de retrouver les sensations végétatives correspondantes.
Ce n'est que tardivement, en
1940, qu'il appellera sa méthodologie: Orgonothérapie, lorsqu'il a complété sa méthode thérapeutique par un travail plus physique sur cette énergie qu'il a appelé ORGONE sans que pour autant, le
rôle de l'approche psychanalytique se trouve diminuée ou reniée.
En 1928 et 1929, il fonde, dans
l'optique de la prévention des névroses, 6 centres d'hygiène sexuelle qui sont des centres de «planning familial» avant l'heure. A la même époque, Il conduit des recherches sur la famille
patriarcale en se fondant sur les travaux préliminaires de MALINOWSKY: «LA VIE SEXUELLE DES SAUVAGES» portant sur le mode de vie et les
comportements des indigènes des îles TROBRIAND.
En 1930, il s'installe à Berlin
et fréquente Fénichel et Fromm. Devenu membre du parti communiste, il milite dans la cellule « BLOC ROUGE» et il combat avec les groupes communistes d'autodéfense contre les S.A du NSDAP. Très
actif, Reich fonde en 1931, sous le contrôle du parti communiste l'«Association Allemande pour une politique sexuelle prolétarienne»: le SEXPOL. La même année, faisant preuve d'une activité et
d'une fécondité peu commune, il sort son ouvrage: «L'IRRUPTION DE LA MORALE SEXUELLE».
En 1932, contre l'avis des
dirigeants du parti, mais avec l'appui des Jeunesses Communistes, il publie malgré tout: «LE COMBAT SEXUEL DE LA JEUNESSE».
En 1933, il fait paraître
simultanément: «PSYCHOLOGIE DE MASSE DU FASCISME» bien que le parti communiste ai interdit cet
ouvrage et sa contribution principale à l'étude du psychisme humain: «L'ANALYSE CARACTERIELLE». L'arrivée au pouvoir d'HITLER, le 30 Janvier 1933,
l'oblige à se réfugier à Vienne où il apprend coup sur coup, son éviction du parti communiste et de l'Association Internationale de Psychanalyse. L'Anschlüss le conduit à fuir et à entamer une
vie d'errance. Poursuivi par la haine et la médisance du milieu psychanalytique, des fascistes et des staliniens, il est mal accueilli partout en Europe. Après avoir séjourné avec plus ou moins
de bonheur, en Hollande, en Angleterre, en France et en Suisse, il va trouver un refuge précaire et fructueux durant cinq ans en Norvège. C'est en effet, durant ce séjour qu'il effectue de très
intéressant travaux de biologie à la recherche de particules témoignant de l'existence réelle d'une énergie vitale: les BIONS. C'est à cette période que ses nombreux adversaires sous - entendent
ou affirment que Reich est devenu fou.
En 1939, fuyant les Nazis, il se
réfugie aux Etats - Unis et grâce à ses relations, il obtient un poste d’enseignant à la New School of Social Research. Reich continu ses recherches sur l'énergie d’Orgone, nom qu'il donne à
l'énergie universelle, qu'il voit à l'œuvre dans toutes les manifestations de la vie et de la nature. Il crée à cet effet un institut de recherche: ORGONON au sein duquel il va s'adonner à une
luxuriance de recherches et d'expérimentations touchant à la compréhension et la prévention du cancer, aussi bien qu'à la façon d'accumuler l'Orgone atmosphérique pour faire « tomber la pluie».
La personnalité dérangeante de ce
chercheur qui dénonce les riches laboratoires pharmaceutiques et leur omnipotence de même qu'il dénonce le modèle mécano - chimique qui préside à l'étude du vivant ( lettre à A.S Neill du14 juin
1955), va être insupportable aux yeux de l'administration américaine et de ses affidés dans les milieux politiques, scientifiques, culturels et journalistiques. Le puritanisme, le conformisme et
la paranoïa de la période Mac Carthyste vont saper les recherches et la renommée de Reich, accusé de pornographie, de communisme, de dilettantisme ,
de charlatanisme etc....
Accusé d'outrage à magistrat pour
avoir taxer la cour d'incompétence, il est emprisonné dans le pénitencier de Lewisburg en Pennsylvanie où il meurt le 3 Novembre 1957. La FDA ( Food and Drug Administration) fait détruire les
accumulateurs d'Orgone et brûler les ouvrages de Reich.
Encore de nos jours, l'ostracisme
perdure et seule une infime partie de l'œuvre de Reich est publiée (et encore en petite quantité). De nombreux ouvrages et résultats d'expériences scientifiques ont été détruit à jamais par la
rage de la F.D.A. En France, se fut à la faveur de la révolte de Mai 1968, que l'œuvre du psychanalyste connue un regain d'intérêt. Sur la base des travaux de Reich, plusieurs courants
thérapeutiques ont vus le jour: la végétothérapie, la bioénergie, la psychologie bio dynamique, l’Analyse Psycho-organique ainsi que la majeure partie des systèmes de soins qui sont regroupés
sous le vocable: somatothérapies.
La galaxie reichienne n'échappe
pas à la règle de la récupération de la part d'individu ou d'organisations qui n'hésitent pas à utiliser le thème racoleur de la sexualité à des fins «glauques». C'est le cas de la secte
autrichienne AAO (Analyse Actionnelle Organisation) qui est implantée en France. Le dirigeant de cette organisation a dévoyé la pensée reichienne à des fins pornographiques et fascistes. Otto
Muehl purge actuellement une peine de 7 ans de prison.
B: L'AFFAIRE DE LA MORT DE REICH.
A dire vrai l'hypothèse de
l'assassinat délibéré commandité par les milieux médicaux et pharmaceutiques est plus que probable. Cette élimination fait partie d'une longue série de morts «opportunes» réduisant au silence de
nombreux opposants au régime politique américain et ses sbires, dans les suites des procès délirants du Maccarthysme. Les affaires Hiss, White, Rosenberg, Rémington, Jackson...etc monteront, à
l'évidence les implications du F.B.I tant dans le trucage des procès que dans l'élimination des condamnés.
Lorsque Reich prend connaissance
de sa condamnation, il écrit à son épouse le 29 Mai 1956:
«Je me plierai mal au pénitencier et, très vraisemblablement, j'y serai assassiné.»
L'arrêt du juge prévoit
simplement la récupération des accumulateurs d'Orgone et de la documentation qui s'y rattache. Pris d'une rage aveugle, ce que Reich appelle: la peste émotionnelle - les fonctionnaires et les
médecins de la F.D.A vont aller bien au-delà de cette réquisition, puisqu'ils vont détruire tout le matériel saisi, mais aussi brûler l'intégralité
de l'œuvre de Reich. En réponse à cet autodafé d'un autre âge et cette atteinte aux droits de l'homme, l'Association américaine pour les libertés civiques remit aux plus grands journaux un
communiqué de protestation qui ne fut publié par aucun d'entre eux par conformisme ou crainte des représailles.
Les nombreux témoignages de
compagnons d'emprisonnement de Reich font état de la conscience que le psychanalyste avait d'être condamné. Adolphus Hohensee, codétenu et fondateur d'un mouvement chrétien d'assistance aux
détenus et persécutés, raconte dans un livre de témoignage que:
«...le vice-géolier Cox me rappela que j'étais relégué dans l'aile de la prison, dite:aile de la mort.....Dans cette aile, le professeur Reich, un médecin emprisonné pour outrage à la
cour, sur requête de la F.D.A, mourut effectivement quelques jours plus tard. Il me disait que, depuis deux semaines, on était en train de le tuer avec certains
médicaments.
Et le jour avant sa mort, il me dit qu'on s'apprêtait à lui donner la dose fatale cette nuit-là. Il en fut ainsi, le matin suivant, il était mort. Plusieurs fois ce grand médecin vint
vers moi les larmes aux yeux pour me dire que ces maudits sadiques, maîtres absolus de la vie de 1200 êtres humains, le rendaient fou et, avec leurs remèdes expérimentaux, le poussaient vers
l'abîme de la mort.
Lorsqu'il fut transféré dans l'aile de la mort ( là même où Remington avait été tué quelques mois auparavant), Reich sentit qu'il ne résisterait pas longtemps. Il me fit part de cette
conviction à plusieurs reprises, au cours de la semaine du 28 octobre, quand les gardiens m'envoyèrent moi aussi pourrir dans cette aile....Peu avant de mourir, le professeur Reich passa près de
moi, tandis que je me traînais comme je pouvais dans le corridor, en m'appuyant aux murs, pour arriver jusqu'à ma cellule. Il me dit qu'il ne réussissait pas à supporter les médicaments dont on
lui saturait l'organisme et, de fait, il mourut en l'espace de deux jours».
Dans un testament rédigé le 8
mars 1957, Reich demande à ce que tous ses biens soient versés à une fondation qu'il nomme: Fondation W.Reich pour l'enfance et que 80 % des
droits dérivant de ses découvertes soient consacrés à la protection de l'enfance partout dans le monde.
Ainsi finissait au fond d'une
prison, celui qu'une grande partie des «savants» du monde entier, qualifiaient de «pornographe juif» et
de «paranoïaque délirant».
C: LES FONDEMENTS DE LA REPRESSION SEXUELLE EN OCCIDENT.
W. Reich affirme que les névroses
trouvent leur cause dans l'insatisfaction du désir sexuel dans son acception la plus large et la plus noble. Il va alors de soi, que l'étude des corpus idéologiques, qui sous-tendent la
répression sexuelle, doit être conduite à son terme. Reich devient alors un penseur politique engagé qui va conduire une analyse critique sans concession des diverses machines d'oppression de
l'homme par l'homme et encore plus précisément de la femme par l'homme.
S'appuyant sur les travaux de
Malinowski et de Géza Roheim, Reich se livra à une puissante analyse des fondements répressifs de la société patriarcale. Il considéra que cette société patriarcale et la famille autoritaire se
sont édifiées sur les décombres du matriarcat primordial appuyé sur la famille naturelle. Reich fit donc le lien entre l'autoritarisme de la société et la violence de la répression de la
sexualité. Selon Reich, la famille patriarcale répond à la description suivantes:
· Mariage
monogamique impliquant la fidélité conjugale.
· Situation
économique et juridique secondaire de la femme.
· Fonction
reproductrice seule reconnue à la femme.
· Sujétion à peu
prés complète des enfants à une discipline stricte.
· Education
anti-sexuelle (la sexualité est sale, honteuse, bestiale, purement reproductrice).
· Système oedipien
des relation parentales (l'enfant ne peut pas faire appel à des images sexualisées d'adultes hors le cadre familial.
· Fermeture plus ou
moins marquée de la famille par rapport à la société, que l'on justifie par la «vie privée». La morale patriarcale fait facilement l'amalgame entre vie collective et
promiscuité.
La famille patriarcale est la
courroie de transmission des valeurs de l'Etat en direction des enfants. Le but ultime de la cellule familiale est donc de livrer «des produits finis», des enfants polis, lisses, adaptés à la
sélection et au conformisme qu'exige la société. Pour prix de son intégration, le jeune adulte doit se couler sans discuter dans les modèles de la religion, de l'école, de l'armée, de la culture,
des moeurs, du système de croyances qui légitime les options politiques du groupe. L'éducation autoritaire met en place des représentations qui encadrent les aspirations de l'homme, ses
revendications, ses prétentions au bonheur, à l'autonomie, en somme toutes les tendances lui permettant d'exister par lui-même au nom de ses propres choix et de son libre
arbitre.
La répression sexuelle est la
pierre angulaire de l'édifice de la famille et de la société patriarcale. La sexualité épanouie, dédramatisée, satisfaisante se trouve systématiquement réprimée au moyen d'interdits, de tabous et
d'arguties moralisatrices. Ces interdits ne sont pas le fruit du hasard, mais bel et bien de la connaissance intime et profonde que les idéologues des castes dominantes, ont de la puissance
libératrice de la sexualité. Celle-ci, dans l'esprit reichien, ne peut être que l'acte autonome, responsable et confiant d'une femme et d'un homme pleins de tendresse et de confiance l'un pour
l'autre. L'abandon total que suppose l'orgasme est à ce prix. (cf orgonomes matériel et bioénergétique ).
D: COURTE HISTOIRE DE LA FEMME DANS LE PATRIARCAT.
1: L'Egypte
La civilisation égyptienne, compte tenu de sa pérennité au travers des millénaires semble
être une forme d'organisation sociale et culturelle de transition entre le matriarcat et le patriarcat. Les femmes y tinrent une place respectée bien que progressivement marginalisée. Les 55
poèmes - (datant de 1300 av JC ) - que l'on a pu retrouver et traduire, montrent que les Egyptiens célébraient la beauté sous toute ses formes et se montraient peu enclins à la culpabilité dans
les choses de l'amour et du sexe. Si la honte et le péché existaient, s'était par rapport au sentiment, qui persiste encore de nos jours autour de la Méditerranée, de trahir sa famille en la
quittant. Dans ces oeuvres, les deux amoureux des deux sexes faisaient librement l'aveu de leur désir et de leur amour et se désignent fréquemment par les noms de frère et de soeur. L'inceste
entre frères et soeurs était couramment pratiqué en tant que façon de maintenir l'intégrité des biens familiaux car les femmes étaient habilitées à recevoir l'héritage des terres. Ceci
n'impliquait pas forcément que les époux soient fidèles ou que le mariage soit consommé entre eux. Des enfants pouvaient naître qui ne soient pas engendrés par le mari. C'est bel et bien la
fonction économique, et non pas la volonté de perpétuer les liens du sang, qui justifie cette pratique. Nous notons que cette fonction est avérée par le fait que les unions incestueuses entre
parents et enfants étaient inexistantes.
2: La Grèce.
La Grèce antique s'avère être un monde dans lequel la femme fut systématiquement reléguée au
second plan. La rigueur et la compétition, avec le statut de citoyen sont les fondements de la société athénienne. Seul l'état de citoyen permet de pouvoir hériter donc de perpétuer une lignée.
Les femmes étaient exclues de cet état car leur esprit ne leur permettait pas de s'astreindre aux mêmes lois que les hommes et leur nature les rendait inapte à la
compétition.
« Les femmes n'étaient pas admises à la citoyenneté. La politique leur aurait peut-être
fait trop d'effet. On savait les femmes irrationnelles de nature, hystériques, voraces, adonnées à la boisson et obsédées par le sexe. On considérait qu'elles n'avaient pas assez de jugeote ni de
volonté pour une responsabilité aussi essentielle que l'indépendance gouvernementale...».
LE LIVRE DE L'AMOUR. Diane Ackerman. Grasset.
Les femmes ne participaient pas au réunion entre hommes sous peine d'être considérées comme
des courtisanes. Le mariage était avant tout le moyen de s'attacher une femme qui assurait la reproduction et l'entretien du foyer. Elle prenait alors rang parmi les biens et richesses du mari.
Cette conception impliquait que le mariage était aussi un moyen coercitif de maîtriser la femme d'évidence dissolue. Celle-ci devait se marier jeune, être vierge, chaste de préférence illettrée
et sans contact social avec les hommes. L'homme n'était tenu à aucune de ces prescriptions. Le mariage n'était certes pas le lieu de l'amour, mais la tendresse et une forme de respect
adoucissaient les rapports entre époux. Il est très probable que la femme devait être, au regard de son époux, une continuation de l'image
maternelle. Ce qui peut expliquer sans doute, l'horreur qui étreint Oedipe quand il découvre qu'il est amoureux de sa mère à qui il a fait l'amour. La structure familiale est l'axe central autour
duquel se structure la vie et la cité. L'homme grec qui est avant tout un citoyen, a l'obligation civique de se marier. La sphère du public (le
citoyen) l'emporte toujours sur le privée (le père ou le mari).
La femme soumise est la base de l'édifice et l'homme doit en permanence dompter la nature de
sa compagne. La maternité est un grand mystère qui trouve des représentations nombreuses dans la nature. Cette nature est une déesse qui est régulièrement enceinte et permet la survie de la
société grecque essentiellement agricole. Les enfants, et à fortiori les filles, voyaient peu leur père et les progénitures étaient essentiellement élevées dans un monde de femmes. La séparation
radicale des sexes, le manichéisme, l'oppression et la claustration des femmes grecques a pour conséquences naturelles, toujours présentent dans le modèle patriarcal, la prostitution et les
perversions sexuelles. En effet, les seuls «objets» de désir et de satisfaction disponibles et visibles dans les rues, se trouvaient être des prostituées et de jeunes garçons qui ne faisaient pas
mystère de leur corps. Les jeunes garçons s'adonnaient à un grand nombre d'activités dans une totale nudité et s'exposaient ainsi à la convoitise de leurs aînés. Il était d'ailleurs commun à l'époque de considérer que les femmes donnaient des enfants mais que l'on prenait du plaisir avec les garçons. L'homosexualité
était aussi en vogue à Sparte, où chaque soldat vétéran était «associé» à une jeune recrue dont il faisait l'éducation militaire et affective. On attribue la vaillance légendaire des Spartiates
au combat, à la volonté que les couples ainsi formés, avaient de se protéger ou de se venger si l'un des deux mourait dans la mêlée. Les rapports entre hommes n'étaient pas uniquement fondés sur
le plaisir sexuel mais l'amour y était souvent présent, plein de délicatesse et d'esthétisme. L'idéal grec voulait que ce qui était beau ne pouvait être que bon et bien ainsi que l'avait écrit
Platon et la pédérastie était ressentie comme une forme évoluée de l'éducation des jeunes garçons.
«...En Grèce, un bel homme était aussi sublime moralement - la bonté intérieure devant s'exprimer dans la beauté. Ainsi l'amour
homosexuel pouvait - il se colorer d'un zèle religieux et d'une justification cosmique....Lorsque les femmes exprimaient leur amour, on les trouvait lubriques et irrationnelles. Lorsque les
hommes aimaient des hommes, ils adoraient simultanément la chair et la vertu unies sous la forme du bien-aimé.»
Diane
Ackerman.
Pour autant, la paillardise était souvent manifeste et faisait la preuve d'une totale absence
de culpabilisation de l'homosexualité.
«Eh quoi! En voilà une affaire, maudit que tu es! Tu vois mon fils à la sortie du
gymnase, il est tout frais, il vient de se laver, et tu ne l'embrasse pas, tu ne lui adresses pas la parole, et tu ne le prends pas dans tes bras, tu ne lui pelotes pas les couilles! et tu
prétends être un ami de la famille»
« LES OISEAUX»
Aristophane
Les femmes, dans ce contexte,
isolées entre elles, ne pouvaient que difficilement pratiquer l'adultère. De nombreux textes attestent que le saphisme et l'utilisation de godemichets étaient des pratiques dérivatives courantes
qui n'étaient en rien considérées comme un vice. A telle enseigne que la ville de Milet, sur la côte ouest de l'actuelle Turquie, s'était fait une réputation dans la fabrication et la vente en
Grèce d'olisbos en bois et en cuir.
3: Rome.
Rome est un haut-lieu des
conventions et des règles et représente, sans doute l'une des manifestations les plus abouties de la société patriarcale. La morale rigide, les convenances tyranniques en public faisait, dans la
sphère privée, le lit de comportements totalement opposés à l'étiquette et à la morale affichée. La société romaine présentait donc à l'extérieur une image très forte du père idéal (Le Pater
Familias) basée sur le stoïcisme, la sévérité, le travail, le puritanisme et la vertu et à l'intérieur, la violence, la licence et la dépravation extrêmes étaient communes.
Les hommes célibataires pouvaient
en toute liberté, avoir des amants, des maîtresses, fréquenter les prostituées, boire et jouer sans vergogne mais cette vie dissolue devait cesser en apparence dès la conclusion d'un mariage Le
mariage servait à conclure des alliances avantageuses et à se reproduire. Le mariage d'amour, de même que les baisers, les caresses et les gestes affectueux entre époux accomplis en dehors de la
seule sexualité de reproduction étaient vus comme des folies et un gaspillage d'énergie. On pouvait au mieux espérer que les époux développeraient des liens amicaux et un modus
vivendi.
Les tabous étaient fort nombreux.
L'adultère, l'inceste, les rapports avec une femme totalement nue étaient interdits, sauf si elle était prostituée. La fellation entre hommes ou avec une femme était autorisée. Le cunnilingus
était jugé comme dégradant pour l'homme. D'une façon plus générale, dans l'esprit du mâle romain n'était bon que ce qui était actif, pénétrant, dominant: toute autre fantaisie ne pouvait
qu'offenser la dignité de l'homme.
Les femmes et les enfants
n'avaient qu'un statut social précaire et les hommes ne rechignaient pas au dressage de leur compagne et de leurs enfants. Ainsi le Pater Familias pouvait disposer librement de ses enfants qui
étaient assimilés à ses biens. Il pouvait les échanger contre de l'argent, un poste de fonctionnaire, une dignité. Ce pouvoir allait jusqu'au droit de vie et de mort. Dans les classes aisées, les
parents ne s'occupaient pas de leurs enfants et confiaient cette mission à des précepteurs, des pédagogues et des nourrices qui, quant à elles, pourvoyaient aux besoins d'amour de l'enfant.
L'instruction était peu valorisée en tant que telle. Si un homme s'instruisait ce n'était pas tant pour le plaisir d'apprendre et de savoir, que pour le prestige qu'il y
gagnait.
Nous voyons que les relations
entre hommes et femmes ne devaient pas être un modèle de sérénité et de satisfaction mutuelle. Ainsi nous pouvons sans doute trouver dans la violence inhérente à cette société, l'explication du
nombre incalculable de drames familiaux que rapporte la littérature latine: meurtre du père, trahison, amants meurtriers etc...
4: Le Monothéisme. L'oppression justifiée par Dieu.
En Occident, la Genèse, peut être
considérée comme l'un des textes fondateurs de l'autoritarisme patriarcal et de la «loi des Mâles». Ce texte inaugural de la Bible montre que l'Homme, après qu'il eut été chassé de l'Eden, dut
porter une malédiction qui n'est autre que la liberté de choisir sans la tutelle du Père autoritaire.
La possession du libre arbitre se
traduit par la connaissance de la différence de l'autre au travers de sa nudité. Or cette nudité, cette altérité nous rend le partenaire désirable et irrésistible, notre besoin d'union avec lui.
La diversité éveille la curiosité, l'intérêt et la rencontre Le fruit de l'union est porteur de qualités nouvelles. La bible montre d'ailleurs que la descendance d'Adam et Eve est fort nombreuse
et pleine de potentialités qui n'étaient auparavant manifestées.
Tout aussi exemplaire est le fait
,qu'au fur à mesure des nouvelles générations bibliques, la durée de vie des patriarches se raccourcie. Nous voyons ainsi Adam engendrer Seth à l'âge de 130 ans et mourir à 930 ans, Noé à l'âge
de 950 ans et plus tard Abraham s'éteint à 175 ans; Ismaël à 135 ans. Ici les Textes Sacrés rejoignent la théorie du vivant qui propose que la vie a «inventé la mort» car la reproduction sexuée permet la création d'un organisme supérieur à la somme de ses
géniteurs. La mort devient alors nécessaire afin de faire disparaître les formes vivantes les moins adaptées.
Initialement, la
Tradition biblique a utilisé la culpabilité et la mort, comme un moyen d'oppression de l'homme au service d'une caste de prêtres et de guerriers.
Plus tard, la même escroquerie sera utilisée au XIX° pour le maintien et la reproduction de la société religieuse et bourgeoise. La force de cette rhétorique est tellement prégnante, qu'elle à
réussi à investir les sociétés laïques fasciste, communiste et aujourd'hui libérale, adossées à un système économique de production tyrannique.
Voyons maintenant certains des
textes qui fondent l'imaginaire de la répression et de l'autoritarisme . Tous ces textes sont issus de la Genèse et de l'Apocalypse dans la version française de la Bible de
Jérusalem:
Genèse 2.16: Et Yahve Dieu, fit à l'homme ce commandement: «Tu peux manger de tous les arbres du jardin.
Genèse 2.17: Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort.»
la Genèse 2.18: Yahvé Dieu dit: «il n'est pas bon que l'homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie».
Genèse 2.25: Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et n'avaient pas honte l'un devant l'autre.
Genèse 3. 6: La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et
mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.
Genèse 3.7: Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus , ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des
pagnes.
Genèse 3.16: A la femme, il [ Dieu] dit: «Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui
dominera sur toi.»
Genèse 3.22: Puis Yahvé Dieu dit: « Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous, pour connaître le bien et le mal! Qu'il n'étende pas la maintenant la main, ne cueille aussi
de l'arbre de la vie, n'en mange et ne vive pour toujours!»
Genèse 3.23: Et Yahve Dieu le renvoya du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été tiré.
Genèse 3.24: Il bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de
vie.
Il est intéressant de noter que
la figure démoniaque est revêtue fréquemment de l'image phallique du Serpent qui a tenté Eve. Toujours dans la Genèse, Dieu, tout à sa vengeance, mit une hostilité irréductible et éternelle entre
ce phallus et la femme. La connaissance du bien et du mal ( la nudité) rapproche de la divinité ( ce qui se traduit en terme reichien par le caractère génital) . La connaissance et la possession
de l'arbre de vie: (la sexualité comme désir d'union) donne la vie éternelle et en cela permet à la créature de s'émanciper de la tutelle de son créateur.
Dieu, l'autorité suprême ne peut
tolérer ceci et clos la porte de l'Eden par des symboles menaçants et castrateurs. Le symbole du glaive flamboyant et purificateur est évidente, les chérubins (du babylonien karibu) sont des
génies mi-humains mi-animaux ressemblant au sphinx qui veillent à la porte des temples et des sanctuaires.
Apocalypse 20.2: Il maîtrisa le Dragon, l'antique Serpent, - c'est le Diable, Satan, - et l'enchaîna pour mille années.
Apocalypse 20.3: Il le jeta dans l'Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu'il cessât de fourvoyer les nations jusqu'à l'achèvement des mille années. Après quoi,
il doit être relâché pour un peu de temps.
L'apôtre Saint Paul présente une
particularité absolument unique, en tant que théoricien du christianisme après la crucifixion. Il est au confluent du monde hébraïque, grec et romain et en cela, il va faire la synthèse des trois
cultures à travers le mépris des femmes.Il sera le vecteur de la peste patriarcale qui va grever le christianisme dès son origine. Il est proprement stupéfiant de voir cet apôtre, qui n'a jamais
rencontrer Jésus, se faire le messager de Dieu et d'édicter par la seule force de sa volonté des lois qui vont régir prés de deux mille ans de notre histoire.
Que l'on songe que les quelques
versets cités, serviront de fondements à l'aversion délirante des chrétiens pour les femmes, la chair et le plaisir.
Ecoutons
Paul:
Première Epître à
Thimothé.
«Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle garde le
silence. C'est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression. Néanmoins elle
sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté.»
Première Epître aux
Thessaloniciens.
«Et voici quelle est la volonté de Dieu: c'est votre sanctification; c'est que vous vous
absteniez d'impudicité, que chacun de vous sache usez du corps qui lui appartient avec sainteté et respect, sans se laisser emporter par la passion comme font les païens qui ne connaissent pas
Dieu.»
Epître aux
Romains.
«Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne
vienne de Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes
condamner.»
Premier Epître aux
corinthiens.
«J'en viens maintenant à ce que vous m'avez écrit. Il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme. Toutefois, à cause des débauches, que chaque homme ait sa femme
et chaque femme son mari. La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement, le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme.
Ne vous refusez pas l'un à l'autre, si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière; et de nouveau soyez ensemble, de peur que Satan ne profite, pour vous
tenter, de votre incontinence. Ce que je dis là est une concession, non un ordre.»
Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu'il leur est bon de demeurer comme moi. Mais s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient: mieux vaut se marier que de
brûler»
Ces quelques versets qui, tous,
montrent le lien qui s'est établi entre le désir sexuel, sa satisfaction et la désobéissance au père sont très lourds de sens. Que l'on songe aux conséquences de cette représentation de la femme,
coupable de la faute originelle en raison de son désir.
5: Un exemple de Peste Emotionnelle.
Ces croyances justifièrent des
poussées de Peste Emotionnelle, payées de centaines de milliers de procès en sorcellerie et de bûchers (environ 350 000 suppliciées en 4 siècles dont plusieurs dizaines de milliers de 1480 à
1630). Le livre «Le Marteau Des Sorcières» imprimé à la fin du 15° siècle, décrit par le menu, les moeurs des suppôts de Satan. Cet ouvrage sera le premier d'une trop longue série, qui accompagna
de véritables épidémies de répression durant la Renaissance jusqu'au 17° siècle. La poursuite des« sorcières et des sorciers» se fait sur délation ou simples soupçons. Les prévenus, soumis à la
Question Ordinaire ou Extraordinaire, sont encouragés à dénoncer leurs complices. Ce qui donnera le caractère épidémique des bûchers et justifiera à posteriori la nécessité de la répression,
puisque l'on avait trouvé des Envoyés du Diable!!!
L'église porte l'entière
responsabilité de ces morts, d'autant qu'elle su créer un climat paranoïaque qui entraîna à ses cotés une quirielle de laïcs, de lettrés, magistrats, conseillers royaux et médecins, ce qui
amplifia encore le nombre des procès et des meurtres. En 1591, le juge Boguet dans le «Discours des sorciers» affirme que «les sorciers marchent partout à milliers, multipliant en terre tout
ainsi que les chenilles en nos jardins».
En 1595, le juge Nicolas Rémy
affirme la présence du Diable parmi nous et envoie 4000 malheureux au bûcher sur des «preuves flagrantes» de possessions démoniaques. Les exécutions capitales d'hommes, infiniment moins
nombreuses, furent motivées par des questions politiques ou dogmatiques quand, celles des femmes étaient toujours assorties d'une fantasmagorie sexuelle et diabolique.
Dans la religion chrétienne, la
menace de l'Enfer a toujours été opposée aux désirs sexuels des fidèles. L'angoisse est omniprésente car le danger est partout. Les textes sacrés ont toujours insisté sur le fait que nous sommes
entourés de pervertis et de pervertisseurs. La faute est certaine et même pire, on peut succomber sans le savoir.
La société de l'époque répondit
par deux attitudes opposées:
· Des comportements
rigoristes qui prônaient la fermeture sur soi, l'observation et l'analyse compulsionnelle des moindres faits et gestes, la pénitence, les interdits et l'absence de miséricorde pour soi et les
autres. A partir de 1350, on vit apparaître avec le Millénarisme, d'immenses processions de Flagellants où l'on annonçait l'imminence de l'Apocalypse, les péchés s'expiaient par des
mortifications et des blessures volontaires graves. Les représentations de la mort dans l'art sont datées de cette période et pérennisent l'angoisse généralisée sur les murs des lieux de culte,
des maisons nobles et bourgeoises.
· A l'inverse, la
proximité immédiate de la mort favorise des explosions de désespoir qui conduisent à la licence et à la folie:
«Quelquefois, l'effet fut inverse. L'idée de la mort menaçante, de l'impossibilité d'avoir une vie vraiment juste, finit par rendre certains complètement délirants. Perdus pour perdus,
ils jetaient leur bonnet par-dessus les moulins. Ainsi, quand Avignon fut touchée par la peste de 1722, le désespoir fut si grand que certains se crurent autorisés à tout. Il fallut expulser des
infirmières surprises en pleine débauche. Non seulement elles s'étaient livrées à des turpitudes sexuelles, mais elles avaient joué à saute mouton sur les cadavres de l'hôpital. La proximité de
la mort rend fou. La peur rend fou.»
«LA CHAIR, LE DIABLE ET LE
CONFESSEUR» - Guy Bechetel - Plon.
La peur et la haine des femmes
atteignent des paroxysmes tant dans la violence du discours que dans sa théorisation. Les mêmes qui décrivaient la façon de reconnaître Satan et ses suppôts s'épanchent, et pour cause, à longueur
de pages sur les turpitudes féminines. Le «péché de chair» n'échappe pas à de savantes et maladives digressions où la moindre perversion réelle ou
fantasmatique est disséquée avec une précision d'entomologiste.
Autour de 1710, dans le
«TRAITE DES DIFFERENTES LUXURES» Charles Billuart écrit:
« il y a quatre sortes de péchés contre nature: L' acte sexuel, pour que la génération soit possible, réclame en effet quatre conditions:
1.l'accouplement de deux individus
2.que tous les deux soient de la même nature spécifique
3.qu'ils soient de sexes différents
4.que le mode d'accouplement soit naturel.
Il y a donc quatre sortes de péchés contre nature:
La première ,si, sans aucun accouplement, la pollution se produit à la suite du plaisir sexuel;ce qui est appelé - immunditia - ou par certains - mollesse.
La seconde, si elle se produit par accouplement avec un individu d'une autre espèce, par exemple, une bête ou un démon, ce qui est appelé bestialité.
La troisième se produit par l'accouplement avec un individu de sexe défendu, c'est à dire de même sexe, homme avec homme, femme avec femme, ce qui est appelé
sodomie.
La quatrième, quand les sexes étant ce qu'ils doivent être, le mode naturel d'accouplement n'est pas observé, de sorte que la génération devient impossible; ce qui peut arriver de deux
façons:
1.par le défaut de l'instrument naturel, quand l'homme coite dans le vase postérieur.
2.par le défaut de la position naturelle, quand la femme se met sur l'homme, ou quand
l'homme prend la femme par derrière, tout en se servant du vase naturel»
Le théologien Benedicti au 16°
siècle démontre que la femme est mauvaise par l'étude des lettres qui composent le mot latin MVLIER qui
signifie femme.
M est le Mal.
V est la vanité.
L est la luxure.
I est l'ire.
E fait référence aux Erinnyes, déesses de la vengeance.
R est la ruine où elles conduisent l'homme.
Si la femme est belle et
libidineuse, c'est pour mieux avilir l'homme qui est essentiellement une victime. Jalouse, intéressée, n'aimant pas son père, ni sa mère, ni son mari, ni ses enfants, elle doit être reléguée
comme femme au foyer s'occupant des enfants, sans contact avec le monde des hommes, soumise, silencieuse, frigide. Si elle peut être religieuse cela est encore mieux.
Aujourd'hui, le récent Catéchisme
de l'église catholique consacre l'un de ses chapitre au mariage sous le titre: le mariage sous le signe du péché. On peut y lire ceci:
«Tout homme fait l'expérience du mal, autour de lui et même en lui. Cette expérience se fait aussi sentir dans les relations de l'homme et de la femme. De tout temps, leur union à été
menacée par la discorde, l'esprit de domination, l'infidélité, la jalousie et des conflits qui peuvent aller jusqu'à la haine et la rupture.»
Nous voyons que l'église n'a pas
renoncé à lié le mariage et le malheur, et, à fortiori la sexualité